Le mode d’existence du logiciel libre

Intervenant(s) : Coline Ferrarato

  • Langue : Français
  • Niveau : Débutant
  • Type d'événement : Conférence
  • Date : Mardi 4 juillet 2017
  • Horaire : 10h00
  • Durée : 60 minutes
  • Lieu : Lecture hall J 022
Public cible : DécideursGeeksGrand publicProfessionnels

Les objets techniques se sont assez régulièrement vu refuser le statut d’objets de pensée philosophique. On les a réduits à leur utilité : la « teknê », c’est ce qui est utilisé en vue d’autre chose. Simondon est celui qui, en 1958, tape du poing sur la table. Il se dresse contre l’attitude « esclavagiste » de la culture vis-à-vis de ses objets techniques, et pointe le paradoxe suivant : nous sommes entourés de réalité technique, mais nous la méprisons. Face à ce constat, Simondon agit en philosophe entier : plutôt que de répondre aux théories par la théorie, il fait parler la réalité des objets techniques, les différencie, et leur redonne une épaisseur ontologique. Dans le Mode d’existence des objets techniques, un moteur ou une triode acquièrent la légitimité d’un argument. Une telle attitude laisse parler les objets, et soulève deux questions : sur quel mode existent-ils ? Quelles sont les interactions d’un tel objet avec le monde social qui les entoure ?
Nous avons décidé de réinvestir ce positionnement éthique (laisser la parole aux objets) et le double questionnement qu’il soulève (l’essence de ces derniers et leur lien avec le social).

Cela se traduit d’abord par notre méthode de recherche. Nous avons tenté, sans connaissance technique préalable, par la pratique du code et la discussion avec des codeurs, de comprendre la réalité des objets techniques que nous allions étudier. Il s’agissait non pas de commenter Simondon, mais d’éclairer Simondon avec un objet technique contemporain et cardinal : le logiciel libre.
Une fois engagés l’apprentissage technique, nous avons tenté de répondre aux mêmes questions que se posait Simondon :

  • 1. Le logiciel libre est-il un objet technique ? Cela n’est pas si évident, puisqu’il s’agit là d’un objet fait d’abstraction informatique, qui s’oppose –à première vue- à la matérialité du hardware ;
  • 2. Quelles interactions un tel objet technique implique-t-il avec la société et ses producteurs, quelles conséquences politiques ?

Nous expliquerons que le logiciel participe d’une nouvelle forme de technicité, celle de la « technicité scripturale » - en explorant les liens problématiques qu’une telle technicité entretient avec la matérialité de l’ordinateur qui la supporte. Cette nouvelle forme de technicité permet des nouvelles formes de collaboration autour du « bricolage » et de l’ouverture, propre au logiciel libre.

Le travail que je voudrais présenter est l’apport de la pensée réflexive de la philosophie de la technique à la pratique des informaticiens. Je suis persuadée que l’interdisciplinarité est fondamentale à la philosophie de la technique aujourd’hui – qui ne peut se contenter de raisonnements abstraits. Je vous présente (en espérant qu’ils ne soient pas trop faussés techniquement !) les résultats d’un travail de master pour que les discussions qui s’ensuivent le corrigent, l’enrichissent, construisent, enfin, une réflexion commune – et libre.

Coline Ferrarato
Etudiante en philosophie de la technique à l’ENS de Paris et à l’EHESS. (M2)
Découverte progressive du monde du libre.